Pernicieuses effluves

Comme à l’entrée d’un temple, sur le fronton noirci par les siècles, Shiva danse inlassablement sur les siècles. Rien, là, n’est inhabituel au bout de cette route plate et terreuse, zébrée des ombrages de l’envahissante flore qui la cerne et l’accompagne. Grand dieu de la trinité hindoue auquel la danse est dévolue dans sa céleste mission de perpétuer le cycle éternel de création et de destruction qui scande la marche du monde, de l’univers, il est le seul à nous accueillir sur le linteau du porche oriental.

Et je me prends à rêver à Banteay Srei, non loin d’Angkor, au cœur culturel du Cambodge, bafoué par Malraux, dévotement reconstruit par l’archéologue Henri Marchal.

Le long du fleuve alourdi de larges îlots habités qui l’encombrent, semblable à un immense lac, il  s’étire vers l’horizon où s’alignent les contreforts du plateau Népalais.

Sous un ciel vaste et poisseux peuplé de nuages lourds de pluie, le lent mugissement de la ville, tel un râle, couvre les maisons au bois noir, aux couleurs sales de misère. À travers la ville s’ébrouent les embarcations hétéroclites et tonitruantes de camions, de tricycles, de motos et de guimbardes aux tons criards.

Peu à peu, les couleurs chatoyantes des saris et des sarongs répondent à celles des marchés enivrés d’odeur au gré des rues en attente boueuse d’un pâle soleil d’après mousson.

Beauté poignante d’un paysage qui se déploie au fil des routes, aux abords des villages perdus et des habitations inquiétantes de solitude. Tout paraît être ainsi, décatis depuis des siècles.

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