Hymne Bref

Peut-être ne demandais-je rien, peut-être demandais-je trop. Y a–t-il une limite décente, acceptée, lorsque l’on a franchi le parapet interdit, le non-dit, l’irrévélable du sentiment, de l’existence. Je veux écrire. Pourquoi ? Pour qui ? Je ne sais ; simplement pour me reconstruire. Je demande réparation du préjudice à la vie et aux autres, à l’autre, à tous. J’ai tout voulu, tout provoqué, tout subi. Mon être s’est heurté sans réserve aux roches, aux lichens, aux rives tortueuses et au lit tumultueux de la vie qui s’écoule. Blessé, écorché, je m’en remets à tous, je m’en remets à moi. À chacun, je demande tout, et ne demande rien. Je suis l’albatros, pauvre clown gigantesque, prisonnier de ses rêves, de ses soifs, de ses ambitions. Mes ailes se sont brisées à la rouille des hommes, de trop d’hommes. De trop d’épreuves, de trop de temps, temps perdu, oublié, gaspillé.

Aujourd’hui, je tente d’exister, de réapprendre à vivre. Je ne sais pas si je le peux, mais je le tente, je le tente chaque jour. Lutte incessante contre soi, contre les autres, contre ces sombres relents de perte de soi dont les effluves m’émeuvent toujours.

Il fait encore nuit, les yeux fermés, je repars dans le sommeil, j’essaie. Je voudrais m’y noyer, mais je suis là imbécile et froid, entre deux eaux, deux rivages, entre le jour, la vie et le sommeil, l’oubli, la rassurance, échoué sur la plage triste et grise de ma vie.

Des voix, des visages m ‘apparaissent, ils me disent de vivre, de me lever. Ils me disent tout, sauf de me laisser encore une fois emporter dans le labyrinthe passif de mes pensées. Mais je dérive et mes années d’effroi, de chute, de reddition, de chute encore, se chevauchent, de souvenir en souvenir, de rêve en illusion, d’espoir, de bonheur fou en désespoir absolu. Ma vie glisse, je glisse dans la détresse de mon être, loin, très loin, jusqu’à cet enfant blond, rêveur, aux yeux couleur de ciel ……….

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