Je ne vous promet pas le bonheur

En collaboration avec Pierre Miton.

Après avoir porté pendant bien des années le désir de l’écrire, d’exhumer les lointains ressentiments et souvenirs d’une vie nimbée par l’écrasant silence des convenances, s’écrit l’histoire simple et personnelle d’un homme au regard rétrospectif sur son identité. Il connaîtra les psy, il connaîtra aussi les femmes, une femme, avant de retourner vers l’homosexualité plus comprise, jusqu’à ce qu’en paix avec lui-même, il se confie avec malice après une existence d’homme et d’enseignant pleinement épanouie.

Comment échapper aux silences absolus, aux non-dits, aux portes qui se ferment, au Qu’en dira-t-on ? De quelle manière estomper ses souvenirs, les accepter, les dépasser pour en tirer une force ou un simple et pur bonheur volé au temps, pour retrouver ne serait-ce qu’un bref instant ce joyau de plaisir intense de l’enfance lorsque l’on croque à pleines dents le précieux petit bonheur du moment ?

Il m’a fallu des années, une longue route sans doute, pour dépasser les erreurs, les malaises des sentiments inavoués ou mal avoués, les mots que l’on ne m’a pas dit, les gestes que l’on n’a pas eus, et pour me dépasser moi-même.

Mais je suis arrivé à surmonter tout ce mal-être et me suis épanoui à la fois dans mon métier et dans ma problématique intime, pleinement épanoui, et ce n’est pas si mal ! Je me suis rendu compte que les psychiatres m’avaient suffisamment apporté, suffisamment porté.

Un individu n’est pas un être monolithique, il doit évoluer tout au long de sa vie. Cette évolution je l’ai accomplie entre une chaste révélation homosexuelle de jeunesse, annonciatrice d’une quête non acceptée de soi, les non-dits sociaux et familiaux et les trop racontés de ma mère. Cette mère qui fut un temps un ennemi, avec laquelle je vivais un conflit mais un conflit si plein d’amour. Ce fut une liaison amoureuse profonde entre elle et moi. Une liaison salvatrice et porteuse, comme fut celle que j’eus avec mon père. Il m’appréciait énormément, il était fier de moi, je sais, et j’ai fait pareil. Nous partagions une même sensibilité d’homme, des désirs semblables, mais si cela se dit entre copains, il ne peut en être de même entre un père et son fils. Pourtant nous étions si proches, trop proches. Ce qui aurait dû se jouer derrière les décors, se jouait sur le devant de la scène. Je n’avais pas de recul, mais en avait-il lui-même. La gêne et la distance qui se sont installées entre mes parents et moi n’étaient que la résultante d’une époque où dans les familles l’on ne parlait pas de sentiments. Ils étaient évidents comme le lien qui unissait les êtres, mais ils restaient tus. C’est sans doute pour cela que j’ai longtemps eu le sentiment de vivre à côté de mes proches.

Puis, il y aura les moments structurants, ma seconde certitude amoureuse auprès de madame De, les états de grâce par le chant et la danse. Dans mon incessante volonté de me sentir exister, je me suis plu à être le meneur de jeux de mes souvenirs comme je le fus sur scène en me retrouvant au fil des interprétations ou dans mon enseignement en donnant aux autres jusqu’à faire surgir au fil des souvenirs, des passions et des années passées, le charme et la gloire de ceux qui m’accompagnèrent dans ce chemin quelquefois tortueux, en ne faisant plus qu’entendre, qu’écouter, en pur hédoniste, la musique de ma mémoire, cette tendre étole réchauffante et rassurante, pour regarder et sentir encore et encore.

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